vendredi, mai 16, 2008

Je pense à toi mon Loup

A Apollinaire

Ton cœur est ma caserne
Ton âme est ma luzerne
Je m’y repais
Je m’y repose
Je t’y rejoins
Et on cause
Dans le tumulte de la foule
Tu lis sur mes lèvres
Le langage du bonheur
Et le temps retrouvé
Mais je lis sur d’autres lèvres
Désormais

mercredi, avril 09, 2008

Folie

Chloé se mit à tout me raconter : l’alcool, les médicaments, les phases d’euphorie et de désespoir. Et dans le chaos de sa vie, l’écriture comme une nécessité. Elle écrivait sans relâche dans la moiteur des nuits, enfermée dans son studio du 7ème arrondissement, avec pour seul horizon l’étendue de son récit, et pour seuls compagnons ses personnages mystérieux et insaisissables. Les pages de ses romans s’amoncelaient, son esprit déversant ses angoisses, ses préoccupations, ses plaisirs aussi, jusqu’à emplir sa chambre de rêves et de cauchemars. Il me semblait que ce processus était la cause de son mal. Les idées avaient imprégné l’espace et flottaient désormais dans l’air qu’elle respirait. Elle les humait, s’enivrait, puis les régurgitait sur le papier. Elle était prisonnière de ce vertige, de cette fièvre créatrice, entreprise vaine et infinie. J’étais alors totalement étrangère au monde qu’elle décrivait. Des années plus tard, je me sentis basculer moi aussi vers un monde idéel, préférant aux désillusions terrestres l’aliénation onirique.

dimanche, avril 06, 2008

mardi, avril 01, 2008

Elle s’asseya près de lui, la gorge serrée. Ils se tenaient assis dans un Starbucks. Leurs efforts pour trouver un autre lieu de rendez-vous avaient été vains, l’enseigne ayant envahi Manhattan. Cela faisait près de cinq minutes maintenant que le silence s’était installé entre eux. Ne pouvant se résoudre à se faire des adieux, ils s’observaient avec une douceur paisible. J’assistai à ce dialogue sans paroles et je devinai la rare sincérité de leur échange. Il finit par se lever, commença à enfiler sa veste, fit quelques pas en direction de la porte. Elle frissonna, ne pouvant retenir un sanglot. Sa douleur sans paroles l’avait prise au corps. Il ne se retourna pas.

samedi, mars 29, 2008

L'amour dure trois ans

Le moment arriva. Elle lui tendit le livre nonchalamment. Il n’était pas question qu’elle lui donnât la moindre opportunité de s’apercevoir des sentiments coupables qu’elle lui portait. Il eut l’air un peu surpris, et bredouilla un mot de remerciements. Ils échangèrent encore quelques paroles maladroites, puis se séparèrent. Elle le regarda s’éloigner, lui, manteau ample, pantalon sombre, silhouette gracile. Il tourna au coin de la rue. Sans nul doute se rendait-il chez sa maîtresse, une grande brune au teint clair qu’elle avait aperçue en sa compagnie quelques semaines auparavant, alors qu’ils sirotaient un café en terrasse. Qu’allait-il faire du livre, elle ne pouvait que l’imaginer. Il atterrirait dans un coin de son appartement, et serait peu à peu enfoui sous d'autres livres. Il se mettrait à le lire, par curiosité ou juste par habitude, comme ces gens qui veulent faire honneur aux présents qu’on leur fait même s’il s’agit d’un livre qu'ils n'aiment pas trop, et il penserait à elle, d’une certaine façon. Il l’oublierait dans un train, dans un café, dans un parc. Il s’en apercevrait bien plus tard et cet oubli lui apparaîtrait comme un acte manqué, un soulagement, une délivrance. Cette fille ne l’avait pas vraiment troublé après tout.

mardi, mars 25, 2008

Irréel

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité, dit le poète. Mais quelle réalité ? Celle fugace et impalpable que toi seul connais. Celle du temps qui passe et qui ravage tout. Celle de nos deux âmes perdues en pleine ville, nos yeux, nos bouches, nos voix sur ce quai, nos mains et puis mes yeux, longtemps, toujours. Tu as ouvert, tu as offert, enfin non. Pas vraiment. Pas du tout. Tu as résisté comme un résistant ; je t’ai aimé comme un aimant. Toi ton absence indélébile ; moi ma présence insatiable. Je t’ai perdu le jour même où je t’ai rencontré.

lundi, mars 24, 2008

Tu bois ton café avec la certitude de t’en remettre
D’oublier ce matin-là
Celui où tu n’es pas venu
Celui où j’étais seule dans ce restaurant d’Amsterdam Avenue
J’avais mis un chemisier rose sans trop savoir pourquoi
Peut-être parce que c’était le dernier jour
Alors je t’ai attendu
Une heure puis deux se sont écoulées
Le serveur servait
Les passants passaient
L’heure tournait
J’ai reposé mes couverts
J’ai compté l’argent
Encore et encore
Je me suis levée
J’ai vu ton ombre par la fenêtre
Ce n’était pas toi
Il fallut bien me rendre à l’évidence: les sentiments que j’éprouvais à son égard dépassaient toute raison. Les détails qui le concernaient m’obsédaient. Je pensais avoir capturé l'essence de son être avec ma caméra. Je repassais ces images en boucle, le timbre de sa voix hantait mes nuits. Je me surprenais à rêver sa présence dans ma salle de bains, dans ma cuisine, jusque dans mon lit. Je m’allongeais pour lire et nous nous retrouvions dos à dos. Il quittait parfois son roman des yeux pour observer ma nuque, parcourir mon dos, deviner mes fesses sous la nuisette. Je sentais son regard sur moi et j’étais troublée. Je savais qu’en me retournant je le ferais disparaître, tel Orphée perdant son Eurydice. Je me gardais donc bien de le faire, entretenant dans ma tête l’illusion. D’autres fois, je lui parlais à mi-voix. Et comme dans le rêve familier, lui seul savait me consoler, lui seul comprenait. Il avait mille excuses. Celle de l’homme occupé et lointain, celle de l’homme qui n’a pas de mot, celle de l’homme qui sait déjà. Son silence était ma victoire, signe de notre indéniable complicité.

jeudi, mars 13, 2008

mardi, mars 11, 2008

Alter ego

Je m’étais vue à travers ses yeux l’espace d’un instant et il me renvoyait une image qui m’était étrangère. Cette femme tranquille simple et drôle qu’il aimait à côtoyer je la connaissais si peu. C’était elle qu’il appelait quand il rentrait tard le soir elle à qui il racontait les banalités du quotidien la neige dans la nuit la voiture qui glisse la radio qui grésille. Elle écoutait en hochant la tête attentive et attendrie comme une amie une mère une sœur elle était tout cela à la fois sans pourtant le vouloir elle vivait dans l’instant et à cet instant-là c’était ce qu’il attendait d’elle.
Les jours se succédaient pour elle pour lui mais rien ne se passait comme prévu. Elle avait pensé à se dévoiler s’arrêter un jour se planter devant lui pour lui faire une scène mémorable un truc qui vous prend au corps et qui ne vous lâche plus même après des années d’oubli de tourment d’amertume elle déverserait son flot de paroles enfouies il passerait de la surprise au dégoût ou peut-être à l’amour enfin il écouterait il n’aurait pas le choix et c’était surtout ça l’important surtout ça qui la rendrait heureuse savoir qu’il savait savoir qu’il n’agissait plus par ignorance mais par perfidie froideur calcul il révèlerait sa vraie nature elle en était convaincue mais à quoi bon finalement puisqu’elle partait dans deux jours. Elle sourit plutôt son charme opérait plus que jamais.

lundi, mars 10, 2008

Dernier métro

Je revois ces derniers instants, ils défilent devant mes yeux. Dans ma tête, tout se bousculait, et seul un semblant de rationalité me permettait de ne pas chanceler. J’étais bien résolue à ne pas m’attacher. Comme si on pouvait décider de ses sentiments. Comme si on avait le choix de l’émotion. Comme si, enfin, j’étais de celles qui n’ont jamais lu Pascal ou Racine. Je me souviens de ce jour, à New York, sur ce quai, dans cette station de métro. Une doudoune rouge un peu ridicule, son bonnet qu’il traînait depuis le CP, comme ça, dans son sac ; cette allure de gamin mêlée à un intellectualisme sérieux. Il se tenait debout, impassible, et me regardait parmi le bruit et la foule des passants. Autour de nous s’empressait un joyeux chaos. Une fête s’était improvisée, une jeune afro-américaine semblait célébrer ses seize ans. Elle riait et dansait, une couronne sur la tête, au rythme des tams-tams. Elle avait l’insouciance qui sied à son âge. Le jeu amoureux, duquel on ne pouvait que sortir vainqueur, se résumait alors à une suite d’ondulations et de cambrures. Je m’approchai de lui doucement, et le pris dans mes bras. Je lui murmurai une formule de circonstance, à laquelle il répondit. Il fit un signe de la main, puis disparut. Je ne me retournai pas.

mardi, août 28, 2007

Post coitum omne animal triste

Le jeu de séduction entrepris avec délice, le tissu froissé s'amoncelle dans la lumière tamisée parmi les verres sur la table basse, objet d'art amoureux qu'on retrouvera au petit matin, vestige d'un passé récent et indécent, le caractère éphémère de l'oeuvre venant souligner la volatilité du désir et la fragilité du sentiment. La lumière blafarde, angoisse aveuglante, nous ramène à l'insupportable réalité et à son lot de questions sans réponse. Une porte claque. Je n'ai pas voulu le voir partir. Ou plutôt, je n'ai pas voulu qu'il me voie comme ça, moi qui ne suis que chair et sang. J'ai longtemps cru qu'un jour arriverait où il se laisserait engloutir. Les sentiments seraient si forts qu'une séparation le ferait suffoquer et pas un jour ne passerait sans moi. Chimère. J'ai trente ans et des illusions perdues.

dimanche, août 19, 2007

I Wanna Love You Tender

Il arrive un moment dans la vie où les mots paraissent futiles, se heurtant à l'indicible réalité.

jeudi, août 16, 2007

Brève de comptoir

Depuis que je suis une blonde sexy, ma vie a changé. Le serveur me sourit quand il m'apporte mon café.

Rope

Le corps s’effondra dans un bruit sourd. Steve et Jamus se regardèrent. « On peut pas le laisser là, viens, aide-moi à le déplacer. » Jamus s’exécuta silencieusement. Le couvercle du coffre en acajou se rabattit, laissant dépasser un petit bout de corde. Steve commença à étaler les livres sur la table basse, en sifflotant. « Un coup de maître, te dis-je ! Brillant ! Le crime parfait ! » « Tu crois pas que cette petite fête est une erreur ? » « Pas du tout ! Cet événement est suffisamment exceptionnel pour mériter d’être célébré. D’ailleurs, j’ai mis du champagne au frais pour l’occasion. » Les deux amis s’activaient déjà à disposer assiettes, coupes, couverts et petits fours sur la surface en bois, fiers de leur stratagème, faisant du tombeau un autel sacrificiel et du repas une action de grâce à leur propre gloire. Steve et Jamus avaient passé ensemble les meilleurs moments de leur vie, et ce jour apparaissait comme l’apogée de leur amitié. Jamus, plus réservé, avait toujours admiré la détermination de Steve, son audace aussi, et ce dès leur première rencontre sur les bancs de l’université. Il se souvenait encore précisément du jour où le professeur Gilmore avait évoqué le darwinisme social. Les théoriciens de cette doctrine apparue à la fin du 19e siècle considéraient que la société industrielle et les progrès qui l’accompagnaient, notamment dans le domaine de l’hygiène et de la médecine, allaient à contre-courant de la « sélection naturelle ». La civilisation industrielle, en aidant les plus faibles à survivre, faussait ainsi le jeu et concourait à la dégénérescence de la nation. Steve avait alors levé la main : « Mais si on suit cette logique, le fait de tuer une personne malade ou handicapée ne serait pas un crime. Il s’agirait simplement de laisser la sélection naturelle s’effectuer… » « Vous avez tout à fait raison, jeune homme. Le fascisme et le nazisme ont bien entendu exploité les œuvres de Ploetz ou de Schallmeyer pour appuyer leur thèse sur l’aryanisation et la purification de la race. »

Brune d'un soir

Elle faisait partie de ces filles qui savent mettre en avant un physique appétissant. Elle arrivait, avec son sourire enjôleur et ses manières de vierge effarouchée, à faire tourner les têtes. C’est ainsi qu’elle servait les clients du café pour s’amuser. Elle n’en tirait aucun profit, si ce n’est la satisfaction de lire dans les yeux de ses interlocuteurs l’envie et le désir à jamais inassouvis.

mardi, août 14, 2007

personality test

Parce que j'aime me faire mousser, j'ai passé ce petit test de personnalité. :)
Alors, pour en avoir passé 2, il semble que je sois entre INFP et ISFP. Va comprendre, Charles.

You Are An INFP

The Idealist

You are creative with a great imagination, living in your own inner world.
Open minded and accepting, you strive for harmony in your important relationships.
It takes a long time for people to get to know you. You are hesitant to let people get close.
But once you care for someone, you do everything you can to help them grow and develop.

In love, you tend to have high (and often unrealistic) standards.
You are very sensitive. You tend to have intense feelings.

At work, you need to do something that expresses your personal values.
You would make an excellent writer, psychologist, or artist.

How you see yourself: Unselfish, empathetic, and spiritual

When other people don't get you, they see you as: Unrealistic, naive, and weak

samedi, juillet 21, 2007

Instant X

Il me prenait toujours en douceur, ponctuant ses questions et ses gestes d’un langoureux « honey ». Je ne savais pas si ce mot était simple politesse, une familiarité à attribuer à la circonstance ou s’il reflétait son attachement, l’expression de notre intimité naissante. Je sentais son corps vibrer, trembler et j’entendais sa respiration s’accélérer, par à-coups. Je me laissais glisser contre son sexe avant de l’agripper par les fesses pour l’attirer à moi. Le va-et-vient reprenait de plus belle pour finalement mourir dans un spasme violent dont il sortait rarement triomphant. Le plaisir de la jouissance se mêlait pour moi à la certitude de son abandon absolu. Je savourais le pouvoir que j’exerçais sur lui, ce désir que je lui infligeais, cette douleur dans le bas-ventre qui le rendait suppliant.

mardi, juillet 17, 2007

A feu et à sang

Il ne subsistait rien de notre brève intimité, et je contribuais par mon comportement à en détruire les derniers lambeaux. Son regard provoquait en moi une profonde émotion et me rendait maladroite. En sa présence, j’enchaînais les bourdes, à tel point que je me décidai un jour à l’éviter. Au désespoir des premiers temps succéda une sombre résignation, et j’essayai finalement de reléguer cet événement au rang de souvenir.

jeudi, juillet 12, 2007

Après-midi au café

Il insista pour aller à ce café dont je lui avais tellement parlé. G. me fit un signe de la main. Il était installé à la table habituelle, celle dont l’éclairage était le plus pratique pour étudier. Je passai la commande, un capuccino et un thé à la menthe, puis allai m’asseoir dans un des canapés. G. était derrière moi, nous étions presque dos à dos. Je n’osai me retourner. Je ne pouvais que l’imaginer plongé dans son livre de médecine, griffonnant des mémos sur un bout de papier, sirotant un « soda italien ». Je répondais péniblement à la conversation qu’on me faisait. Non, je ne connaissais pas les œuvres de Marden, mais oui j’aimais l’art abstrait, et j’étais convaincue qu’un bon artiste pouvait toucher n’importe quel public, même le moins cultivé… Est-ce qu’il était en train d’écouter la conversation ? Ou alors, son ipod jouait peut-être du Jacques Loussier ? La sensualité qui se dégageait de tout son être m’obsédait de plus en plus. Les premières fois que je l’avais aperçu, studieux, silencieux, presque distant, je lui avais à peine prêté attention. Ce n’est que plus tard, quand il m’avait parlé, que j’avais découvert ce qui faisait son charme et venait comme transcender sa beauté physique : sa chaleur, sa douceur, cette façon qu’il avait de voir les choses, de corriger les détails insignifiants du quotidien. Je décidai de trouver un prétexte pour me retourner. Je renversai mon thé sur la table et me levai pour aller chercher une serviette, en m’excusant. Je ne sais pas combien de temps exactement s’était écoulé depuis mon arrivée au café. Il ne restait, derrière moi, qu’un groupe de filles qui lisait des romans à l’eau de rose. Il s’était donc enfui, m’avait laissée là. Je me plaisais à imaginer qu’il avait agi par jalousie. Il devait sûrement maudire cet homme qu’il avait vu avec moi, ce rival, ce ver de terre. J’appris peu après cet événement que G. était marié. Je réalisai qu’il n’avait jamais eu pour moi qu’une amitié fraternelle. L’éloignement que j’avais ressenti était simplement l’expression de cette réalité, aussi décevant et banal que cela puisse paraître. Aujourd'hui encore, je ne peux m'empêcher de rougir quand je repense à la fièvre qui m'avait animée cet après-midi-là.