mardi, août 16, 2011

Extrait

Allyn n'était pas la première des collègues que j'avais rencontrée, mais elle était la plus emblématique. Petite et enrobée, le visage rond, le nez épaté, elle m'avait immédiatement fait penser à une truie à lunettes. J'avais désespérément essayé de chasser cette image de mon esprit, sans succès. La culpabilité qui s'ensuivit m'avait fait lui porter quelques attentions particulières qui l'avaient convaincue de notre amitié. Je ne détestais pas Allyn. Du moins, pas au début. Elle aimait me parler en français, comme le font les Américains qui l'ont un peu étudié durant leurs années de "College". Elle avait même vécu en France pendant un an et se targuait de connaître l'art culinaire français, en plus de la littérature et de l'art cinématographique, dont le point culminant, selon elle, était le Molière de Romain Duris. Je me suis longtemps demandé pourquoi ce film l'obsédait autant, mais la réalité est des plus simples. Les Américains raffolent des comédies gentillettes leur parlant d'une France aux moeurs convenables. Allyn était une Américaine puritaine qui se confortait dans l'idée d'une France qui aurait arrêté son évolution dans les années 50. Celle de Piaf, des bérets et des baguettes. Celle sans Bardot, sans Gainsbourg et sans pavé. Une France que je n'avais jamais connue que dans l'imaginaire Américain et les récits de jeunesse de ma grand-mère. Peu importe, me direz-vous avec raison. Ce qui me gênait vraiment chez Allyn, c'était sa conscience professionnelle à outrance, cette envie d'être la parfaite "team player", à tout moment, sans répit, avec un positivisme insupportable. Célibataire de 34 ans, sans vie affective ni vie privée (sauf si on compte l'Eglise, les repas avec des mères d'élèves et les ateliers crochet), Allyn vivait par et pour son travail. Ses 250 baklavas faits main pour la fête du lycée me faisaient passer pour une feignasse. Elle était la bonne élève parmi les profs, celle qui sacrifiait tout sur l'autel du Bien Suprême, celle qui ne disait jamais non. Sa tête de truie m'apparaissait parfois en rêve, tantôt se gonflant comme un ballon, tantôt se changeant en monstre à deux têtes dont les yeux vides déversaient des serpents venimeux qui me réveillaient en sursaut.
Je pense à toi, longtemps, toujours. A la terrasse d'un café, dans un parc, je sens ton souffle dans mon cou. Je ne me retourne pas, je prolonge l'instant. Je devine ton visage dans le soir et tes mains. Infinie douceur, souvenir délicieux.
Je me suis assis dans la lumière de l'été pour écrire
Sur les hivers et surtout sur les printemps
Sur tes mains, ta bouche, tes yeux
Et sur tes gestes délicieux
Sur ta robe entr'ouverte et tes jambes découvertes
Mais l'automne se profile
Implacable, impalpable, inéluctable
Le vent se lève, emportant les feuilles
Et notre amour qui se meurt

Au parc Montsouris

Il y a des fleurs fânées et des herbes mal coupées
Il y a des cheminots affamés devant des corps allanguis tout fripés
Il y a des retraitées mal fagotées aux romans sans intérêt
Il y a des poussettes hurlantes de bras et jambes
Il y a une fontaine ensanglantée et un pavillon abandonné

Toi seul peux rendre aux choses leur beauté
Manuel m'a pris tout mon désir, tout mon plaisir, toutes mes envies et tous mes avants. Il est le monstre à deux têtes qui m'a vidée de mon sang. Il est celui qui m'offre des fleurs en 1986, sans raison et sans coeur.

Manuel, j'écris ton nom parce que je ne sais plus qui sont les autres. Tu les as effacés, tu les as éclipsés, tu les as avalés.

Manuel, même à cent ans, le corps en vrac et le coeur tout délavé, je t'en voudrai, je te voudrai, je voudrai...
L'ennui s'est glissé dans la chambre où tu te reposais. Mon corps, sur le mur, se dessinait en ombres chinoises, le drap froissé au pied du lit. Les mots ne se formaient plus et les pensées restaient en suspens. La réalité avait ressurgi, plus cruelle qu'auparavant. Alors, j'ai fermé les yeux.

Clair-obscur

J'ai perdu la raison
Les rythmes se sont ralentis
Les silhouettes se sont glissées dans l'ombre
Les costumes se sont endeuillés

Tu restes mon soleil indélébile
Tu as bu ton désir jusqu'à la lie
Tu l'as consommé dans cet appartement rue de la Gaîté
Sans peur et sans un cri
Tu as perdu patience

Moi je t'aimais

mardi, juillet 26, 2011

D élaissée
E t le corps rebelle
S ans mémoire
I nstantané
R endant l’âme

lundi, juillet 25, 2011

Baiser volé

Appuyés contre la porte salutaire
Ta main aveuglante
S’égare et effleure ma peau
Parcourant mon dos assombri
Les lèvres entr’ouvertes
La clé tourne dans la serrure
Etreinte inassouvie

dimanche, avril 24, 2011

Au fil du temps

Au fil du temps

Le rat mortifère a quitté le navire
M’agrippant aux débris
Je regarde passer ma vie à un fil
A bout de souffle
Eternel tourbillon
Courant inéluctable

mercredi, février 23, 2011

L'envie et le dégoût

L’angoisse s’appuie sur la douleur
Pour le moment
Pour l’instant
Pour maintenant
C’est tout ce que j’ai
Je m’y accroche comme j’en crève
De tout laisser tomber j’en rêve
Alors ça part ça fait des trous au cœur
Ca pique les yeux ça brûle les mains toutes délavées

A l'autre bout de l'autre côté il n'y a plus rien

jeudi, avril 08, 2010

La rose

La page est blanche
Et la rose est rouge
Nous avons tourné la page
Et la rose est tombée
Nous avons lu d’autres pages
Aimé d’autres mots
Pleuré d’autres maux
Aussi

Nous avons retrouvé dans un coin
Sous un tapis empoussiéré
Un morceau une forme
Jadis rouge

Nous avons compris qu’il était trop tard

dimanche, janvier 03, 2010

De lignes vives et pâles
On m’a maquillé les jambes et le visage
J’ai bu l’elixir
Qui fait les voix fortes et les gens petits
Pendant longtemps
Avec effroi et dégoût
J’ai parcouru cet espace fermé et blanc

vendredi, septembre 11, 2009

Les corps incandescents

La lune croissant rouge à travers les rideaux
Nous chevauchons ce soir des rêves impatients
Vers des terres inconnues et des contrées lointaines
Tes cheveux n'ont jamais été si mystérieux

Les draps glissent et se froissent océan agité
Nous goutons alors aux plaisirs absolus
Qui font les êtres tristes et les souvenirs ardents
Sur ta bouche se dessinent des chemins inventés

Mais le temps
Contre tout conspire et s'acharne

Il me reste à présent un coup au coeur
Et tes bracelets

jeudi, septembre 03, 2009

Histoire d'eau

Je
Dans la salle de bains
Il
Dans la chambre
Nous
Dans la douche

Alors on
Et on
Encore et encore

Mais elle

mardi, août 18, 2009

Il m'a parlé d'un café
J'ai fait semblant d'écouter
Il m'a raconté sa journée
J'ai bu mon café
Il m'a emmenée danser
J'ai regardé les gens s'amuser
Il m'a ramenée chez moi
Je ne l'ai pas embrassé
Il est rentré chez lui
Je ne l'ai jamais oublié

lundi, août 17, 2009

Je m'enivre d'une peau qui n'est pas tienne
Tu froles une odeur qui n'est pas mienne


Combien de temps nous reste-t-il

mercredi, août 12, 2009

Tout se ressemble
Je passe mon tour
Et le temps
Dans ce long corridor
La pluie n'arrête pas de tomber
Les feuilles n'arrêtent pas de s'envoler
Le monde n'arrête pas de tourner

Tu n'as pas écrit

dimanche, août 09, 2009

Dans l'appartement solitaire
On n'entend que le bruit
Des heures en suspens

vendredi, août 07, 2009

Tu allumes une cigarette
Et les souvenirs de nos ébats s'envolent
En fumée

mercredi, juillet 29, 2009

J'avais eu beau jurer qu'on ne m'y prendrait plus, il n'y avait rien eu à faire. Il avait une manière de donner mine de rien et cette générosité m'avait émue aux larmes. C'était toujours pareil, j'aurais dû m'y attendre. Mais dans ces cas-là on ne peut pas s'empêcher de penser que cette fois-ci ce sera différent et on s'accroche à ses rêves. Quand je réfléchissais à tous les trucs que j'avais pu faire qui trahissaient mes sentiments, ça me donnait envie de chialer. Ensuite, je repensais à sa douceur et ça me faisait chialer encore plus. J'allais me coucher avec les yeux rouges, heureuse que personne ne soit là pour les voir.

mardi, juillet 28, 2009

Elle se retrouvait dans le role de l'autre, celle qui arrive en deuxième position, celle qui attend, celle qui n'existe pas vraiment. Elle ne manquait pourtant pas de charme et avait eu plusieurs occasions d'être la seule et l'unique. Elle avait fait le choix de ne pas donner suite et avait préféré les hommes déjà pris parce qu'ils n'ont pas été choisis pour rien.

lundi, juillet 20, 2009

L'amour la vie

Tous ces couples que je vois
Tous ces couples que j'entends
Me parlent d'amour
Et de jalousie
Du temps qui passe

Nous ne sommes pas comme eux
Le temps ne passe pas chez nous
Et l'amour ne se vit pas à deux

samedi, juillet 04, 2009

Sensation

Je ne sais plus quand ni comment il est entré dans ma vie. Je me rappelle juste un après-midi au café. C’était son anniversaire. Le serveur avait voulu lui offrir un coup à boire, pour l’occasion. Il avait refusé : « raincheck, if that’s ok. » Il s’était installé à ma table et avait commencé à étudier, comme à son habitude. Dans ce souvenir, il n'y a rien d’autre : ni mes livres, ni les vêtements que je portais, ni ma boisson ce jour-là. Juste un coup au cœur.
Cet instant reste gravé en moi et c’est tout ce qu’il m’en reste.

mardi, juin 23, 2009

Dans mes nuits blanches

Dans mes nuits blanches

Il y a des souvenirs qui s'envolent en fumée
Il y a des sofas assoiffés et des polars non terminés
Il y a des lits pour s'asseoir et des tapis pour s'allonger
Il y a des magazines féminins qui s'empilent devant la télé

Dans mes nuits blanches

Il y a des ombres au plafond qui prennent forme
Il y a des moutons dans un pré qui s'endorment

Et puis il y a toi

vendredi, juin 19, 2009

Colère
Douleur

Couleur

La vie ne vaut plus grand chose
Vue d'ici

J'attends que le temps passe
Lentement
Lentement

Sans savoir pourquoi

samedi, juin 06, 2009

J'écris par la douleur
Ressentie pensée rêvée
Jusqu'à aujourd'hui
Jusqu'à demain
Cruauté volée
Vie inassouvie

Je t'ai perdu sans un cri

J'ai fait le tour du monde

Tu es resté mon isoloir

samedi, mai 16, 2009

La rose

Rosa, rosa, rosam
Rosae, rosae, rosa
Les élèves chantonnent
Mais le maitre s'ennuie
Rosae, rosae, rosas
Rosarum, rosis, rosis
Les plumes crissent sur le papier blanc
La craie glisse sur le tableau noir
Les mots bien en ordre
Les élèves bien droits
Le maitre bien élevé
La fleur qui commence à fâner
La cloche sonne

Les cartables bien rangés
Un à un s'en vont
Et le maitre bien élevé
Reste pour changer l'eau
Du vase
Sur le bureau
Dans la classe
De l'école Jacques Prévert

mardi, avril 28, 2009

Près du cinéma

Il regardait les gens
Avec leurs paquets plein les bras
Avec leurs mains plein les poches
Avec leurs vies plein la rue
Il regardait les gens
Mais eux ne le voyaient pas

dimanche, avril 26, 2009

Plaisir culinaire

Corps frissonnants Onctuosité charnelle
Ronde de douceurs Saveurs épicées
Parfum exotique Gout acidulé
Qui m'obsède et m'emporte
A la dérive
A contre-courant
Je fais les cent pas en t'attendant

mardi, décembre 30, 2008

Duras, etc

Je viens de voir le film de Dayan. Celui sur Duras. Enfin, celui sur la fin de sa vie, quand elle la partageait avec ce type beaucoup plus jeune qu’elle. Je ne pouvais m’empêcher de penser quelle perte de temps. Parce que les histoires les plus passionnées sont indicibles, ou alors elles se doivent d’être irréelles, et les livres sont les seuls témoins autorisés. Ils se contentent de narrer une vérité subjective et fragmentaire, nous donnant l’illusion du tout. Puis, c’est notre esprit qui décide, qui comble les vides et creux laissés par l’auteur. Par la lecture, nous participons nous aussi au processus d'écriture. Ce film met en scène les blancs imaginés par le réalisateur. Mais voilà, je n’ai pas envie de VOIR Duras vieillir et boire à n’en plus pouvoir. Je veux la LIRE, imaginer son visage "détruit", ses coups de gueule, ses lubies, son corps fripé de vieille femme. L'histoire ne tenant qu'à un fil, qui casse de temps en temps, et qu'on renoue tant bien que mal. La perception du narrateur, des personnages, à fleur de peau. Avec ses détails visuels, Dayan m'a laissée sur ma faim.

lundi, octobre 27, 2008

Mmm.

Fenêtre entr'ouverte, vue trouble, bruits d'une vie nocturne qui n'est pas mienne. Que suis-je censée faire du temps qui reste? Avant les rêves et les cauchemars, les soifs et les tâtonnements, et puis, enfin, l'aurore. Je suis dans un entre-deux, un espace inconfortable et insatisfait. Dois-je attendre? Certains comptent les moutons, d'autres boivent un verre de lait ou de bourbon. Je ne suis pas de ceux-là. Du moins, pas encore.

samedi, octobre 18, 2008

Avec une cigarette anglaise

Dans une jaguar
Ou peut-être était-ce une cadillac
Un homme à l'arrière embrasse
Une femme qu'il n'aime plus depuis longtemps
Et la fourrure glisse contre le cuir beige
Toute en jambes et mains et bouches
Alors que dans l'obscurité scintillent
Les yeux verts qu'il ne voit pas
Les diamants les émeraudes les perles
Et les étoiles à travers la vitre

jeudi, octobre 16, 2008

Les hommes c'est du chinois

La boucle est bouclée
Quatre jours ont passé
Je ne t’aime pas

Sur la plage déserte
Les amours les bleus les traces
De pas qui vont viennent s'effacent
Les temps changent
Mais pas moi
Je pousse la porte de ton cœur
Et celle de tous les cœurs
Je suis prise dans le tourbillon
Et celui-là pourquoi pas
Un autre encore
Et je tombe

samedi, août 09, 2008

Chanson d'Emily

Je m’imagine souvent au bras d’Emily
Je me vois parfois dans les draps d’Emily
Sa peau blanche et sucrée
Sa silhouette épurée
Me donnent le tournis

Emily et ses robes échancrées
Le haut sa peau veloutée
Qui dépasse
Le bas ses chevilles denudées
Qui passent

J’aimerais sentir l’émoi des doigts d’Emily
Quand ils déposent des caresses à l’envi
Je veux savoir ce que ça fait aussi

J’entends souvent la voix sucrée d’Emily
Qui me rappelle les soirs d'été loin d'ici
Et tout un monde oublié de rêverie

mercredi, juillet 09, 2008

Débarras

On tourne la tête et déjà
Les minutes s'empilent,
S'entassent sur les sentiments.
Dans le grenier de mon coeur,
Tu te retrouves enfoui
Parmi d'autres amants,
Parmi d'autres avant,
Parmi les souvenirs et les gens.
Tu es celui qui m'offre des fleurs en 1986
Et aussi à qui j'écris en 1996.
Parfois, tu n'es plus rien,
Plus personne.
Tu es l'ombre d'un souvenir imaginé.

lundi, juin 02, 2008

César

Romy Schneider partagée entre deux hommes me ramène à l’impossible choix. Choisir, toujours choisir. Aimer et s’associer à l’autre. Je ne savais plus si j’en étais capable. Je sentais la présence discrète de M., comme un souffle dans mon cou. Nous étions complémentaires, et je savais qu’il me connaissait bien. Mais G., tremblant et tourmenté, me chamboulait, me bousculait. Il posait sa voix grave sur les choses de la vie. Notre rencontre avait été brève et la complicité instantanée. Je me rappelle parfaitement son regard un peu perdu et son extrême douceur. Et moi… Qu’ai-je fait ? J’ai souri au nom du mensonge et de la fidélité. J’ai souri comme on n’aime pas. J’ai souri et j’ai perdu.
G. avait délicatement effeuillé mes habitudes et mes attitudes. Il avait vaincu, sans arme et sans combat, et je me retrouvais à terre, les yeux écarquillés. Je ne voulais pas comprendre.

vendredi, mai 16, 2008

Je pense à toi mon Loup

A Apollinaire

Ton cœur est ma caserne
Ton âme est ma luzerne
Je m’y repais
Je m’y repose
Je t’y rejoins
Et on cause
Dans le tumulte de la foule
Tu lis sur mes lèvres
Le langage du bonheur
Et le temps retrouvé
Mais je lis sur d’autres lèvres
Désormais

mercredi, avril 09, 2008

Folie

Chloé se mit à tout me raconter : l’alcool, les médicaments, les phases d’euphorie et de désespoir. Et dans le chaos de sa vie, l’écriture comme une nécessité. Elle écrivait sans relâche dans la moiteur des nuits, enfermée dans son studio du 7ème arrondissement, avec pour seul horizon l’étendue de son récit, et pour seuls compagnons ses personnages mystérieux et insaisissables. Les pages de ses romans s’amoncelaient, son esprit déversant ses angoisses, ses préoccupations, ses plaisirs aussi, jusqu’à emplir sa chambre de rêves et de cauchemars. Il me semblait que ce processus était la cause de son mal. Les idées avaient imprégné l’espace et flottaient désormais dans l’air qu’elle respirait. Elle les humait, s’enivrait, puis les régurgitait sur le papier. Elle était prisonnière de ce vertige, de cette fièvre créatrice, entreprise vaine et infinie. J’étais alors totalement étrangère au monde qu’elle décrivait. Des années plus tard, je me sentis basculer moi aussi vers un monde idéel, préférant aux désillusions terrestres l’aliénation onirique.

dimanche, avril 06, 2008

mardi, avril 01, 2008

Elle s’asseya près de lui, la gorge serrée. Ils se tenaient assis dans un Starbucks. Leurs efforts pour trouver un autre lieu de rendez-vous avaient été vains, l’enseigne ayant envahi Manhattan. Cela faisait près de cinq minutes maintenant que le silence s’était installé entre eux. Ne pouvant se résoudre à se faire des adieux, ils s’observaient avec une douceur paisible. J’assistai à ce dialogue sans paroles et je devinai la rare sincérité de leur échange. Il finit par se lever, commença à enfiler sa veste, fit quelques pas en direction de la porte. Elle frissonna, ne pouvant retenir un sanglot. Sa douleur sans paroles l’avait prise au corps. Il ne se retourna pas.

samedi, mars 29, 2008

L'amour dure trois ans

Le moment arriva. Elle lui tendit le livre nonchalamment. Il n’était pas question qu’elle lui donnât la moindre opportunité de s’apercevoir des sentiments coupables qu’elle lui portait. Il eut l’air un peu surpris, et bredouilla un mot de remerciements. Ils échangèrent encore quelques paroles maladroites, puis se séparèrent. Elle le regarda s’éloigner, lui, manteau ample, pantalon sombre, silhouette gracile. Il tourna au coin de la rue. Sans nul doute se rendait-il chez sa maîtresse, une grande brune au teint clair qu’elle avait aperçue en sa compagnie quelques semaines auparavant, alors qu’ils sirotaient un café en terrasse. Qu’allait-il faire du livre, elle ne pouvait que l’imaginer. Il atterrirait dans un coin de son appartement, et serait peu à peu enfoui sous d'autres livres. Il se mettrait à le lire, par curiosité ou juste par habitude, comme ces gens qui veulent faire honneur aux présents qu’on leur fait même s’il s’agit d’un livre qu'ils n'aiment pas trop, et il penserait à elle, d’une certaine façon. Il l’oublierait dans un train, dans un café, dans un parc. Il s’en apercevrait bien plus tard et cet oubli lui apparaîtrait comme un acte manqué, un soulagement, une délivrance. Cette fille ne l’avait pas vraiment troublé après tout.

mardi, mars 25, 2008

Irréel

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité, dit le poète. Mais quelle réalité ? Celle fugace et impalpable que toi seul connais. Celle du temps qui passe et qui ravage tout. Celle de nos deux âmes perdues en pleine ville, nos yeux, nos bouches, nos voix sur ce quai, nos mains et puis mes yeux, longtemps, toujours. Tu as ouvert, tu as offert, enfin non. Pas vraiment. Pas du tout. Tu as résisté comme un résistant ; je t’ai aimé comme un aimant. Toi ton absence indélébile ; moi ma présence insatiable. Je t’ai perdu le jour même où je t’ai rencontré.

lundi, mars 24, 2008

Tu bois ton café avec la certitude de t’en remettre
D’oublier ce matin-là
Celui où tu n’es pas venu
Celui où j’étais seule dans ce restaurant d’Amsterdam Avenue
J’avais mis un chemisier rose sans trop savoir pourquoi
Peut-être parce que c’était le dernier jour
Alors je t’ai attendu
Une heure puis deux se sont écoulées
Le serveur servait
Les passants passaient
L’heure tournait
J’ai reposé mes couverts
J’ai compté l’argent
Encore et encore
Je me suis levée
J’ai vu ton ombre par la fenêtre
Ce n’était pas toi
Il fallut bien me rendre à l’évidence: les sentiments que j’éprouvais à son égard dépassaient toute raison. Les détails qui le concernaient m’obsédaient. Je pensais avoir capturé l'essence de son être avec ma caméra. Je repassais ces images en boucle, le timbre de sa voix hantait mes nuits. Je me surprenais à rêver sa présence dans ma salle de bains, dans ma cuisine, jusque dans mon lit. Je m’allongeais pour lire et nous nous retrouvions dos à dos. Il quittait parfois son roman des yeux pour observer ma nuque, parcourir mon dos, deviner mes fesses sous la nuisette. Je sentais son regard sur moi et j’étais troublée. Je savais qu’en me retournant je le ferais disparaître, tel Orphée perdant son Eurydice. Je me gardais donc bien de le faire, entretenant dans ma tête l’illusion. D’autres fois, je lui parlais à mi-voix. Et comme dans le rêve familier, lui seul savait me consoler, lui seul comprenait. Il avait mille excuses. Celle de l’homme occupé et lointain, celle de l’homme qui n’a pas de mot, celle de l’homme qui sait déjà. Son silence était ma victoire, signe de notre indéniable complicité.

jeudi, mars 13, 2008

mardi, mars 11, 2008

Alter ego

Je m’étais vue à travers ses yeux l’espace d’un instant et il me renvoyait une image qui m’était étrangère. Cette femme tranquille simple et drôle qu’il aimait à côtoyer je la connaissais si peu. C’était elle qu’il appelait quand il rentrait tard le soir elle à qui il racontait les banalités du quotidien la neige dans la nuit la voiture qui glisse la radio qui grésille. Elle écoutait en hochant la tête attentive et attendrie comme une amie une mère une sœur elle était tout cela à la fois sans pourtant le vouloir elle vivait dans l’instant et à cet instant-là c’était ce qu’il attendait d’elle.
Les jours se succédaient pour elle pour lui mais rien ne se passait comme prévu. Elle avait pensé à se dévoiler s’arrêter un jour se planter devant lui pour lui faire une scène mémorable un truc qui vous prend au corps et qui ne vous lâche plus même après des années d’oubli de tourment d’amertume elle déverserait son flot de paroles enfouies il passerait de la surprise au dégoût ou peut-être à l’amour enfin il écouterait il n’aurait pas le choix et c’était surtout ça l’important surtout ça qui la rendrait heureuse savoir qu’il savait savoir qu’il n’agissait plus par ignorance mais par perfidie froideur calcul il révèlerait sa vraie nature elle en était convaincue mais à quoi bon finalement puisqu’elle partait dans deux jours. Elle sourit plutôt son charme opérait plus que jamais.

lundi, mars 10, 2008

Dernier métro

Je revois ces derniers instants, ils défilent devant mes yeux. Dans ma tête, tout se bousculait, et seul un semblant de rationalité me permettait de ne pas chanceler. J’étais bien résolue à ne pas m’attacher. Comme si on pouvait décider de ses sentiments. Comme si on avait le choix de l’émotion. Comme si, enfin, j’étais de celles qui n’ont jamais lu Pascal ou Racine. Je me souviens de ce jour, à New York, sur ce quai, dans cette station de métro. Une doudoune rouge un peu ridicule, son bonnet qu’il traînait depuis le CP, comme ça, dans son sac ; cette allure de gamin mêlée à un intellectualisme sérieux. Il se tenait debout, impassible, et me regardait parmi le bruit et la foule des passants. Autour de nous s’empressait un joyeux chaos. Une fête s’était improvisée, une jeune afro-américaine semblait célébrer ses seize ans. Elle riait et dansait, une couronne sur la tête, au rythme des tams-tams. Elle avait l’insouciance qui sied à son âge. Le jeu amoureux, duquel on ne pouvait que sortir vainqueur, se résumait alors à une suite d’ondulations et de cambrures. Je m’approchai de lui doucement, et le pris dans mes bras. Je lui murmurai une formule de circonstance, à laquelle il répondit. Il fit un signe de la main, puis disparut. Je ne me retournai pas.

mardi, août 28, 2007

Post coitum omne animal triste

Le jeu de séduction entrepris avec délice, le tissu froissé s'amoncelle dans la lumière tamisée parmi les verres sur la table basse, objet d'art amoureux qu'on retrouvera au petit matin, vestige d'un passé récent et indécent, le caractère éphémère de l'oeuvre venant souligner la volatilité du désir et la fragilité du sentiment. La lumière blafarde, angoisse aveuglante, nous ramène à l'insupportable réalité et à son lot de questions sans réponse. Une porte claque. Je n'ai pas voulu le voir partir. Ou plutôt, je n'ai pas voulu qu'il me voie comme ça, moi qui ne suis que chair et sang. J'ai longtemps cru qu'un jour arriverait où il se laisserait engloutir. Les sentiments seraient si forts qu'une séparation le ferait suffoquer et pas un jour ne passerait sans moi. Chimère. J'ai trente ans et des illusions perdues.

dimanche, août 19, 2007

I Wanna Love You Tender

Il arrive un moment dans la vie où les mots paraissent futiles, se heurtant à l'indicible réalité.

jeudi, août 16, 2007

Brève de comptoir

Depuis que je suis une blonde sexy, ma vie a changé. Le serveur me sourit quand il m'apporte mon café.

Rope

Le corps s’effondra dans un bruit sourd. Steve et Jamus se regardèrent. « On peut pas le laisser là, viens, aide-moi à le déplacer. » Jamus s’exécuta silencieusement. Le couvercle du coffre en acajou se rabattit, laissant dépasser un petit bout de corde. Steve commença à étaler les livres sur la table basse, en sifflotant. « Un coup de maître, te dis-je ! Brillant ! Le crime parfait ! » « Tu crois pas que cette petite fête est une erreur ? » « Pas du tout ! Cet événement est suffisamment exceptionnel pour mériter d’être célébré. D’ailleurs, j’ai mis du champagne au frais pour l’occasion. » Les deux amis s’activaient déjà à disposer assiettes, coupes, couverts et petits fours sur la surface en bois, fiers de leur stratagème, faisant du tombeau un autel sacrificiel et du repas une action de grâce à leur propre gloire. Steve et Jamus avaient passé ensemble les meilleurs moments de leur vie, et ce jour apparaissait comme l’apogée de leur amitié. Jamus, plus réservé, avait toujours admiré la détermination de Steve, son audace aussi, et ce dès leur première rencontre sur les bancs de l’université. Il se souvenait encore précisément du jour où le professeur Gilmore avait évoqué le darwinisme social. Les théoriciens de cette doctrine apparue à la fin du 19e siècle considéraient que la société industrielle et les progrès qui l’accompagnaient, notamment dans le domaine de l’hygiène et de la médecine, allaient à contre-courant de la « sélection naturelle ». La civilisation industrielle, en aidant les plus faibles à survivre, faussait ainsi le jeu et concourait à la dégénérescence de la nation. Steve avait alors levé la main : « Mais si on suit cette logique, le fait de tuer une personne malade ou handicapée ne serait pas un crime. Il s’agirait simplement de laisser la sélection naturelle s’effectuer… » « Vous avez tout à fait raison, jeune homme. Le fascisme et le nazisme ont bien entendu exploité les œuvres de Ploetz ou de Schallmeyer pour appuyer leur thèse sur l’aryanisation et la purification de la race. »

Brune d'un soir

Elle faisait partie de ces filles qui savent mettre en avant un physique appétissant. Elle arrivait, avec son sourire enjôleur et ses manières de vierge effarouchée, à faire tourner les têtes. C’est ainsi qu’elle servait les clients du café pour s’amuser. Elle n’en tirait aucun profit, si ce n’est la satisfaction de lire dans les yeux de ses interlocuteurs l’envie et le désir à jamais inassouvis.

mardi, août 14, 2007

personality test

Parce que j'aime me faire mousser, j'ai passé ce petit test de personnalité. :)
Alors, pour en avoir passé 2, il semble que je sois entre INFP et ISFP. Va comprendre, Charles.

You Are An INFP

The Idealist

You are creative with a great imagination, living in your own inner world.
Open minded and accepting, you strive for harmony in your important relationships.
It takes a long time for people to get to know you. You are hesitant to let people get close.
But once you care for someone, you do everything you can to help them grow and develop.

In love, you tend to have high (and often unrealistic) standards.
You are very sensitive. You tend to have intense feelings.

At work, you need to do something that expresses your personal values.
You would make an excellent writer, psychologist, or artist.

How you see yourself: Unselfish, empathetic, and spiritual

When other people don't get you, they see you as: Unrealistic, naive, and weak

samedi, juillet 21, 2007

Instant X

Il me prenait toujours en douceur, ponctuant ses questions et ses gestes d’un langoureux « honey ». Je ne savais pas si ce mot était simple politesse, une familiarité à attribuer à la circonstance ou s’il reflétait son attachement, l’expression de notre intimité naissante. Je sentais son corps vibrer, trembler et j’entendais sa respiration s’accélérer, par à-coups. Je me laissais glisser contre son sexe avant de l’agripper par les fesses pour l’attirer à moi. Le va-et-vient reprenait de plus belle pour finalement mourir dans un spasme violent dont il sortait rarement triomphant. Le plaisir de la jouissance se mêlait pour moi à la certitude de son abandon absolu. Je savourais le pouvoir que j’exerçais sur lui, ce désir que je lui infligeais, cette douleur dans le bas-ventre qui le rendait suppliant.

mardi, juillet 17, 2007

A feu et à sang

Il ne subsistait rien de notre brève intimité, et je contribuais par mon comportement à en détruire les derniers lambeaux. Son regard provoquait en moi une profonde émotion et me rendait maladroite. En sa présence, j’enchaînais les bourdes, à tel point que je me décidai un jour à l’éviter. Au désespoir des premiers temps succéda une sombre résignation, et j’essayai finalement de reléguer cet événement au rang de souvenir.

jeudi, juillet 12, 2007

Après-midi au café

Il insista pour aller à ce café dont je lui avais tellement parlé. G. me fit un signe de la main. Il était installé à la table habituelle, celle dont l’éclairage était le plus pratique pour étudier. Je passai la commande, un capuccino et un thé à la menthe, puis allai m’asseoir dans un des canapés. G. était derrière moi, nous étions presque dos à dos. Je n’osai me retourner. Je ne pouvais que l’imaginer plongé dans son livre de médecine, griffonnant des mémos sur un bout de papier, sirotant un « soda italien ». Je répondais péniblement à la conversation qu’on me faisait. Non, je ne connaissais pas les œuvres de Marden, mais oui j’aimais l’art abstrait, et j’étais convaincue qu’un bon artiste pouvait toucher n’importe quel public, même le moins cultivé… Est-ce qu’il était en train d’écouter la conversation ? Ou alors, son ipod jouait peut-être du Jacques Loussier ? La sensualité qui se dégageait de tout son être m’obsédait de plus en plus. Les premières fois que je l’avais aperçu, studieux, silencieux, presque distant, je lui avais à peine prêté attention. Ce n’est que plus tard, quand il m’avait parlé, que j’avais découvert ce qui faisait son charme et venait comme transcender sa beauté physique : sa chaleur, sa douceur, cette façon qu’il avait de voir les choses, de corriger les détails insignifiants du quotidien. Je décidai de trouver un prétexte pour me retourner. Je renversai mon thé sur la table et me levai pour aller chercher une serviette, en m’excusant. Je ne sais pas combien de temps exactement s’était écoulé depuis mon arrivée au café. Il ne restait, derrière moi, qu’un groupe de filles qui lisait des romans à l’eau de rose. Il s’était donc enfui, m’avait laissée là. Je me plaisais à imaginer qu’il avait agi par jalousie. Il devait sûrement maudire cet homme qu’il avait vu avec moi, ce rival, ce ver de terre. J’appris peu après cet événement que G. était marié. Je réalisai qu’il n’avait jamais eu pour moi qu’une amitié fraternelle. L’éloignement que j’avais ressenti était simplement l’expression de cette réalité, aussi décevant et banal que cela puisse paraître. Aujourd'hui encore, je ne peux m'empêcher de rougir quand je repense à la fièvre qui m'avait animée cet après-midi-là.

dimanche, avril 01, 2007

la chair est triste, hélas, et j'ai lu tous les livres...

Je me sens étrangère à cette existence. Le désert dans lequel je me suis exilée s’étend à perte de vue. Je m’y épuise, la temporalité n’a plus aucune importance. Je me sens vide, mais sa présence change mon existence. Alors, je ne veux plus penser, je veux vivre. Et nos corps enlacés, je les vois, je les sens, vibrer, suer, gémir, jusqu’à l’épuisement. Je me vois lui sourire, et recommencer. Le matin, il ne voudrait pas me laisser partir. Pourtant, je partirais, j’emporterais ces instants de perfection. Plus tard, je repenserais avec délice à cet abandon, à ce plaisir charnel. Je me délecterais de souvenirs olfactifs, gustatifs, visuels. Il n’en saurait rien.

vendredi, mars 30, 2007

Est-ce votre passion ?
Il me posa la question brutalement. Désarçonnée, je ne sus que répondre. Je bafouillai « enfin, ça m’intéresse… ». Mais à cet instant, je réalisai que la critique de la littérature m’ennuyait. Pendant des années, j’avais dévoré les livre, je les avais dégustés, savourés, avalés, jusqu’à l’indigestion. Ce qui me passionnait à l’adolescence avait peu à peu disparu. La liberté d’interprétation, la créativité, la licence à laquelle j’avais droit alors avaient fait place à un étau dans lequel je me sentai enserrée. La découverte des codes littéraires, loin de me permettre de décupler le plaisir, avait étouffé mes sensations, obsédée que j’étais par l’idée de ne pas rater LA référence ou métaphore, LE passage crucial, ce que les autres auraient tous vu et dont ils discuteraient entre eux d’un air entendu à la séance suivante. S’il m’arriva d’être intéressée par certains articles critiques, c’est que le style humble de l’auteur m’avait invitée à prendre son interprétation pour ce qu’elle était : une façon d’ouvrir des perspectives, de penser le texte autrement. Mais toutes ces interprétations ne savaient jamais transcrire la puissance du texte, sa profondeur, l’écho qui résonne en nous, la palpitation ressentie. Ce qui le rend vivant, c’est l’appropriation que nous faisons de ce livre qui exprime nos tourments _ mettant, en somme, des mots sur nos maux_ ou nous donne à rêver une vie idéale _ pansant alors nos plaies. Il finit par faire partie de nous-mêmes, échappant ainsi à son auteur, le souvenir de cette œuvre rattaché à une période de notre vie, ou son contenu mêlé à notre mémoire.

samedi, mars 17, 2007

Je restai plantée devant la porte. Je me revoyais deux ans auparavant, presque jour pour jour. Mais alors qu’à l’époque débutait notre relation, c'en était à présent la fin. Il le comprit lui aussi. Longtemps je vis sa silhouette dans mon rétroviseur. A quoi pouvait-il bien penser. Je sus à cet instant précis la douleur insoutenable et irréparable.
Claude Simon disait que dans ses romans il n’a jamais parlé que de lui-même. Tous les écrivains feraient-ils finalement de l’autofiction?
J’ai cette impression qu’en effet l’écriture est la délivrance d’une réalité personnelle. Que l’on crée des personnages d’un autre sexe, qui semblent avoir un passé bien loin du sien, qu’on finisse par croire en leur autonomie et en leur existence propre, ils n’en demeurent pas moins des êtres virtuels dont la psychologie a été pensée par leur auteur. Le travail de projection, d’empathie, aussi réussis soient-ils, ne font cependant que transmettre le ressenti de l’écrivain. Ce travail rejoint parfois une réalité vécue, ou plutôt ressentie dans une situation réelle, par un autre. C’est ainsi ce qui est arrivé à Claude Simon, qui a un jour reçu une lettre dans laquelle un lecteur lui avouait que le récit fait de la mort du Capitaine de Reixach dans La Route des Flandres était celui de la mort de son propre capitaine alors qu’il servait lui-même en tant que soldat durant la Seconde Guerre Mondiale. Les interventions contradictoires de l’auteur au sujet de cette lettre, si elles posent la question de la véracité des faits, permettent cependant de réaffirmer l’importance de la part d’autobiographie dans l’œuvre littéraire.

mardi, mars 13, 2007

Parfois, en prononçant les mots, on s’aperçoit de leur inconsistance. On s’est séparés. Alors même qu'on ne vivait pas ensemble. Alors même qu'on n'a jamais eu l'impression de ne former qu'une seule et même entité, mais qu'au contraire, on est toujours restés deux. Deux personnes distinctes, qui ne se comprennent pas, qui se cherchent, se reniflent, sans se trouver (sauf à de rares et brefs moments).

dimanche, février 11, 2007

Je savais que j’étais une imposture, et j’avais cette crainte permanente qu’on ne me perce à jour. Ce jour-là arriva. Je me trouvai prise dans le marasme de ma vie. Autour de moi tout s’effondrait. Les lambeaux de certitude qui me restaient s’effritaient et je me sentais déraper, glisser vers cet inconnu mystérieux et angoissant dont j’avais entendu parler sans en comprendre le sens ni la portée. Je me perdais dans les profondeurs de cet abîme, engloutie, happée par une spirale infernale. La réalité se distordait sous mes yeux, les couleurs se mêlant aux formes et créant un vertige immense et rond.

dimanche, janvier 21, 2007

CS

Son visage sa voix Je rêve que je suis dans tes bras, j'en oubliais presque qu'il était marié deux enfants la plus jeune Chloé 5 ans enroulant ses bras autour de mon cou quand j'entrais dans son bureau, il était pourtant évident qu'un type comme lui ne quitterait jamais sa femme ou plutôt son épouse chérie tant qu'elle le supportait il ne pouvait pas trop en demander non plus surtout pas après le suicide de son père enfin l'accident qui avait débouché sur cet acte terrible et innommable _ il lui en avait toujours beaucoup voulu, surtout à cause du traumatisme occasionné et puis les enfants _ laissant derière lui une montagne de dettes et un fatras incompressible, les gens ne pouvaient pas comprendre à quel point c'était, et de toute façon j'étais un peu jeune, c'était sans doute mieux comme ça.

dimanche, décembre 31, 2006

Statement of purpose

Madame, Monsieur,

Venir étudier aux Etats-Unis fut pour moi l’aboutissement d’un long cheminement. J’ai en effet grandi bercée par Supertramp, sirotant un coca entre deux épisodes de Santa Barbara. Ce n’est pas un hasard si je me suis d’abord retrouvée à Lexington, capitale mondiale du cheval. Le cowboy Marlboro me faisait les yeux doux, je m’identifiais à Laura Ingalls, bref, je rêvais de grands espaces vallonnés et de fermes dont la boîte aux lettres en forme de fer à cheval serait au bout du chemin. C’est donc avant tout afin de poursuivre ce rêve que j’ai postulé à l’Université du Kentucky. Vous l’aurez compris : la possibilité qui m’était offerte de continuer mes études tout en enseignant n’a pas pesé lourd dans ma décision.
De la même façon, c’est à vous que je m’adresse aujourd’hui car je sais que vous pouvez m’aider à continuer ma route et achever ainsi mon rêve américain. Ce sont les feux de Broadway, les nuits de Soho, les restaurants de Chinatown que je veux désormais découvrir ! Je veux me balader sur Time Square et admirer les splendeurs du capitalisme ! Je veux faire un pèlerinage dans Central Park en écoutant le concert de Simon et Garfunkel, et éventuellement appeler l’unité spéciale pour les victimes après la découverte d’un cadavre!
Il est vrai que NYU possède des professeurs et des intervenants d’excellence, un institut d’études françaises et un centre à Paris. Mais, une fois encore, tout ceci est bien secondaire à mes yeux. Je vous parle de rêve et de sentiments, pas d’une vulgaire opportunité professionnelle. En m’acceptant au sein de votre université, vous ferez preuve non seulement d’intelligence (parce que bon, faut bien reconnaître tout de même que je suis surdiplômée), mais aussi et surtout d’humanité.

En espérant que votre cœur s’ouvrira et vous fera voir la lumière,
Je vous prie de recevoir, Madame, Monsieur, l’expression de mes respectueuses salutations.

Barbie

samedi, octobre 28, 2006

M. m'entraîna dans un magasin de cds-dvds. Je fouinai dans les bacs, égrénant des noms de chanteurs et musiciens qui m'étaient quasiment tous inconnus. Je tombai sur la BO de "Lost in translation", mais l'émotion qui me gagnait chaque fois que je pensais au film et à Scarlett Johansson mise à nu dans sa chambre d'hôtel à Tokyo semblait avoir disparu pour laisser la place à une sensation neutre et cotonneuse. Je restai plantée dans le rayon, perplexe, sans trop savoir quoi faire. Et puis ce fut comme une apparition. Les cheveux en bataille, l'air pensif, fatigué, comme s'il avait trop veillé. Et son regard, profond, semblant exprimer une indicible peine. Je me sentais chavirer, quelque chose en moi s'était brisé. Je tendis la main: "James Dean, Sweater". Je quittai le magasin en titubant. Je ne pouvais expliquer à M. qu'une simple photo m'avait bouleversée au point de me donner les larmes aux yeux.

jeudi, octobre 26, 2006

Rock'n Roll attitude

Il n'était pas très grand, le nez aquilain, les cheveux blancs et mi-longs, les yeux bleu clair. La moindre de ses paroles faisait réagir le public. Il était celui qu'on avait remplacé sans raison, sans doute parce qu'il était trop bon, et qu'il risquait de faire de l'ombre. Pete Best ne s'était jamais vraiment remis de cette décision, et cela faisait presque quarante-cinq ans qu'il parcourait le monde à la recherche de la reconnaissance qui sied à un batteur de son calibre. La salle était à moitié vide ce soir-là, mais l'essence des sixties, cette fièvre du rock'n roll qui s'était emparée de la jeunesse jusqu'à creuser un fossé de plus en plus profond entre les générations, était bien présente. Les membres du groupe, insipides et interchangeables, psalmodiaient des paroles à peine audibles, tandis que le Maître s'en donnait à coeur joie sur son instrument. Celui à qui l'on avait dit non était devenu celui qui avait dit non. Dans cette société en dégénérescence, il nous rappelait qu'il y avait eu un avant.

dimanche, octobre 22, 2006

"Mon existence s'était compliquée d'une existence nocturne entièrement différente. Le jour, j'étais un prêtre du Seigneur, chaste, occupé de la prière et des choses saintes; la nuit, dès que j'avais fermé les yeux, je devenais un jeune seigneur, fin connaisseur en femmes, en chiens et en chevaux, jouant aux dés, buvant et blasphémant; et lorsqu'au lever de l'aube je me réveillais, il me semblait au contraire que je m'endormais et que je rêvais que j'étais prêtre. De cette vie somnambulique il m'est resté des souvenirs d'objets et de mots dont je ne puis pas me défendre,..."

Théophile Gautier, La morte amoureuse.

J'ai plusieurs vies. Dès que je ferme les yeux, je me sens projetée dans un autre monde, inconnu mais familier. Je suis à C. et le centre-ville se trouve au bord de la mer. Je suis perdue, la carte géante de la ville et des environs est pourtant très claire: le centre-ville s'étend comme un bandeau le long de la mer du Nord. En contre-bas sont agglutinés des villages, tels que B., où j'ai passé mon enfance. Je sais que j'habite dans une rue proche, perpendiculaire, mais les noms que je déchiffre sur le plan ne m'évoquent rien. Et la voiture de mon amie, le point de repère infaillible, a disparu. Mais il faut pourtant que je retrouve cette maison, ou lui me retrouvera. Ce gros bonhomme autoritaire m'engueule comme s'il était mon père et me bat comme s'il pensait en avoir le droit. Planquée sous la table de la salle à manger de la voisine, j'aperçois les rosiers et les arbres du jardin. Ne pas me relever, il pourrait me voir, il a des yeux partout. H. décide d'y retourner, il n'a pas l'air trop en colère contre elle. "Je prends la voiture, il te sera facile de la repérer." Il ne faut pas qu'il me voie. Je pense l'avoir semé, mais je ne trouve plus la voiture. L'angoisse m'étreint, je suffoque, les muscles de ma nuque se crispent. Le réveil sonne, et j'éprouve toujours cette douleur dans le cou et à l'estomac, cette sensation d'être en péril. Les images de ma vie nocturne me hantent et me submergent. Je me heurte à une réalité incompréhensible et incongrue, le contact de mes pieds nus sur la moquette me donne des frissons. Le visage qui apparaît dans le miroir ne ressemble en rien à celui qui était le mien quelques heures auparavant. Je revois l'expression de colère et de cruauté sur le visage de l'homme, et je ne peux m'empêcher de m'inquiéter du sort de cette amie, de cette soeur qui est retournée là-bas.

Secret d'enfant

Quand j'étais petite fille, je me plaisais à filer en douce dans le grenier de mes grands-parents. On y accédait en ouvrant une trappe qui déroulait un escalier grinçant et assez raide. Je surmontais mon vertige pour aller fouiller dans le vieux placard installé dans un coin de la pièce, et j'en sortais les magazines lus par mon père et mes tantes quand ils étaient enfants. Je lisais certains articles, il m'arrivait même de faire les jeux et activités manuelles proposés dans le supplément. Le plaisir de la lecture se mêlait au plaisir de l'interdit. Je savais inconsciemment que je tentais de m'approprier des objets et des moments qui n'étaient pas les miens, et je fouinais dans ce passé avec délice, ouvrant les cartons poussiéreux qui portaient le prénom de mon père. Je tombai un jour sur une écriture adolescente que je ne connaissais pas, celle d'un élève peu appliqué qui n'apprenait pas ses verbes irréguliers allemands. L'homme sévère et exigeant qui me sermonnait quand mes résulats scolaires lui semblaient insuffisants, mon père, avait été autrefois ce jeune rebelle imperméable à la rigueur de la grammaire allemande. J'avais alors 8 ans, et ce 4 sur 20 me donnait un air de triomphe, m'offrait l'opportunité de répliquer, voire même de demander des explications. Je n'osai pas cependant emporter mon trophée. J'avais beaucoup trop de respect pour ce temple rempli des trésors de l'enfance de mon père. Je décidai de savourer ma victoire en secret, ne lui dévoilant que bien des années plus tard que je connaissais sa faiblesse.

jeudi, octobre 12, 2006

Vive Halloween!

Un parc d'attraction de Toronto, "Six Flags", propose à ses visiteurs un concours du plus gros mangeur de cafards pour fêter Halloween. Le gagnant se verra attribuer des pass pour toute l'année 2007 pour 4 personnes, qui correspondent à des entrées gratuites et des avantages VIP tels que la priorité à l'accès de certaines attractions. Une association de défenses des animaux, la PETA (the People for the Ethical Treatment of Animals) a essayé d'obtenir l'annulation du concours, sans succès.
Le record à battre est détenu par un Anglais, Ken Edwards, qui avait dévoré 36 cafards de Madagascar en 1 minute.

article de Reuters

mardi, octobre 10, 2006

Chanson naze

J'en ai marre des cafards
Y en a même jusque dans mon plumard

Celui-ci grimpe sur la table
Celui-là dans mon cartable

Celui-ci court sous le meuble
Celui-là tombe du placard

Un troisième boit de la liqueur
Et un autre meurt de trop boire

Empreinte du temps

"Très vite dans ma vie il a été trop tard. A dix-huit ans il était déjà trop tard. Entre dix-huit ans et vingt-cinq ans mon visage est parti dans une direction imprévue. A dix-huit ans j'ai vieilli. Je ne sais pas si c'est tout le monde, je n'ai jamais demandé. Il me semble qu'on m'a parlé de cette poussée du temps qui vous frappe quelquefois alors qu'on traverse les âges les plus jeunes, les plus célébrés de la vie. Ce vieillissement a été brutal. Je l'ai vu gagner mes traits un à un, changer le rapport qu'il y avait entre eux, faire les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus définitive, marquer le front des cassures profondes. Au contraire d'en être effrayée j'ai vu s'opérer ce vieillissement de mon visage avec l'intérêt que j'aurais pris par exemple au déroulement d'une lecture. Je savais aussi que je ne me trompais pas, qu'un jour il se ralentirait et qu'il prendrait son cours normal. Les gens qui m'avaient connue à dix-sept ans lors de mon voyage en France ont été impressionnés quand ils m'ont revue, deux ans après, à dix-neuf ans. Ce visage-là, nouveau, je l'ai gardé. Il a été mon visage. Il a vieilli encore bien sûr, mais relativement moins qu'il n'aurait dû. J'ai un visage lacéré de rides sèches et profondes, à la peau cassée. Il ne s'est pas affaissé comme certains visages à traits fins, il a gardé les mêmes contours mais sa matière est détruite. J'ai un visage détruit."

Marguerite Duras, L'Amant

dimanche, octobre 01, 2006

Villon le bohémien

"En ce Paris des années 1450, les diplômés universitaires étaient nombreux, trop nombreux pour trouver tous, rapidement, leur insertion dans la vie sociale et professionnelle: inactifs, désargentés, certains ne tardent pas à tourner mal, selon un processus de marginalisation progressive (...). Villon, apparemment, fut de ceux-là. Ses textes conservent l'écho des chahuts estudiantins auxquels il a sans doute participé: enlèvement de bornes, comme celle du Pet-au-Diable, dont il prétend avoir écrit le "roman", vol et mariage loufoque d'enseignes de maisons, heurts parfois violents avec la police, qui conduisent en 1453 à la suspension des cours."
Villon, Poésie complète, Introduction de Claude Thiry

Comment ne pas être frappé par l'actualité de cet extrait? Avons-nous donc si peu progressé en 6 siècles?

Il est par ailleurs intéressant de découvrir la vie de bohémien et de bandit du poète Villon, ce qui apporte un éclairage tout différent à son oeuvre. Ce jeune homme qui devient brigand, malgré une éducation accomplie. En 1455, il tue un prêtre accidentellement (légitime défense). Quelques années plus tard, il organise des vols, est mêlé à des bagarres et se retrouve en fuite, vivant parmi les saltimbanques. Il fait plusieurs séjours en prison, avant d'être condamné à être "étranglé et pendu". Il obtient grâce devant le Parlement de Paris, qui le condamne à 10 ans de bannissement de la ville. C'est suite à cette sentence qu'il disparait, définitivement.
Ses poèmes transcrivent cette marginalisation faite de fuites, d'emprisonnement et de Louange à la Cour, "testament" qu'il a souhaité laissé à la postérité.

mardi, septembre 05, 2006

Histoire de Q

Après les faux-cols, les faux-plis et les faux seins, la mode est désormais aux fausses-fesses. Je parle de vrais coussinets à placer sur le postérieur, pour donner l'impression d'avoir une chute de reins à la Betty Boop.
Histoire de ne pas avoir un gros cul, mais plutôt un haut cul, donc forcément beau cul.
Ah, les faux-culs.


La mode des fesses rebondies
LE MONDE | 04.09.06

© Le Monde.fr

mardi, août 29, 2006

Histoire d'L

En mai 1856 est annoncé la parution de Madame Bovary de Gustave FAUBERT. L'auteur est furieux de cette erreur, puisqu'il s'agit du nom d'un épicier fort connu à l'époque(!). Cette coquille n'est que le début des problèmes de Flaubert, dont le roman sera "modifié pour la publication" (comprenez censuré) avant que ce dernier soit inculpé d'"outrage à la morale publique et religieuse" et d'"outrage aux bonnes moeurs".
Le 17 août 2006, le célèbre quotidien du soir Le Monde annonce dans sa newsletter la victoire de l'équipe de France contre la Bosnie (2-1) sur un but de FLAUBERT. Une façon de rendre hommage (et justice) à l'auteur de Madame Bovary.

mercredi, août 16, 2006

Pré-histoire

L'odeur de l'herbe fraîchement coupée. Vincent Delerm rasé de près. Les tondeuses décidément pullulent.

Il est temps d'aller chez le coiffeur.

dimanche, août 06, 2006

Pas venu pour rien

Un de mes étudiants Américains a découvert pendant notre leçon sur les prépositions de lieux que le Colorado n'est pas une ville, mais un Etat. Mais, a-t-il alors précisé, je n'y suis jamais allé.
C'est vrai, ça, on peut pas tout savoir.

mardi, juillet 25, 2006

Aux armes (etc)

Comme il y a un petit moment que je n'ai pas posté, voici un deuxième post dans la foulée (je sais, ma générosité me perdra... ;p).
Pas grand chose, juste un truc que j'ai découvert par hasard il y a quelques jours. Une candidate républicaine à l'élection de gouverneur dans le Nevada:


Elle s'appelle Melody ("Mimi" Damayo), et c'est une ancienne porno-star.
On est loin de l'adorable garçonne. Ca n'étonnera (par contre) personne que nombre de mecs veuillent la prendre... (vous connaissez la suite)

post mortem

Durant mon séjour en France, je suis allée voir le dernier film de Sofia Coppola. Alors je sais que quelques critiques (et même beaucoup) ne l'ont pas aimé. Et de parler d'invraisemblance historique et de longueur inadéquate...
Pour moi, le film n'avait aucune visée historique. Ce que j'y ai trouvé, c'est l'adolescence brisée d'une jeune fille que sa destinée et son statut dépassaient. Une réalité personnelle, discutable, et dérangeante par sa naiveté. Et si Marie-Antoinette était cette ado naive et perplexe face aux complexités de l'étiquette française? Cette jeune mariée délaissée par un roi plus intéressé par les serrures et la chasse?
Les scènes de solitude sont une fois de plus filmées incroyablement, laissant transparaître la mélancolie, l'envie d'évasion du personnage. La musique est très bien choisie.

C'est la première fois que je suis amoureuse d'une réalisatrice.

samedi, mai 27, 2006

Sur rien

Ces derniers temps, je suis pas trop inspirée, alors je pompe les auteurs que j'aime. C'est ça d'être en vacances. Mes étudiants, quoi que j'en dise, étaient finalement ma source d'inspiration...


Vent nocturne

Sur la mer maritime se perdent les perdus
Les morts meurent en chassant des chasseurs
dansent en rond une ronde
Dieux divins! Hommes humains!
de mes doigts digitaux je déchire une cervelle cérébrale.
Quelle angoissante angoisse
Mais les maîtresses maîtrisées ont des cheveux chevelus
Cieux célestes
terre terrestre
mais où est la terre céleste?

Corps et biens, "langage cuit", Robert Desnos, 1923

vendredi, mai 12, 2006

retour au pays

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle,car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »
Aimé Césaire, extrait des Cahiers d'un retour au pays natal

dimanche, avril 02, 2006

Perles

En corrigeant, on tombe sur des erreurs parfois à la limite du poétique, et surtout très drôles. Après "les perles du bac", "les perles des assurances", "les perles des gynécos du pas-de-calais", voici: Les Perles de Mes Etudiants.
J'ai lu, en vrac:
"J'aime le nourriture japonais, et particulier le gazon des mers (comprendre "algue")."
"Au Japon, on peut manger des distributeurs automatiques."
"Si tu as faim, il y a des Américains et des Mexicains."
"Si vous êtes un ventilateur de culture, venez à l'Ile Maurice!" (confusion de "fan" et "airfan: ventilateur")
"Il avait une fermeture exotique" (confusion de "close" et "clothes"...)
"Ils robe étrangement" (confusion de "a dress" et "to dress")
"Anne ses mouches de retour à New-York" ("Anne flies to return to New-York...")


Ma préférée (cette phrase était écrite sans faute):
"J'ai tiré cette dinde pour vous dehors dans les buissons, derrière le village." ("vous" étant moi-même; c'est le "PS" d'une carte postale géante d'un étudiant; j'étais le destinataire de cette carte...)

samedi, mars 18, 2006

Tout est relatif

En général, Rocco Siffredi ne passe pas inaperçu à la télé. La question est de savoir si son ramage se rapporte à son truc en plumes, finalement. Demandez donc à Pierre Richard. Lui vous dira que Rocco est à l'aise devant les caméras, en toutes circonstances, qu'il exhibe ses bijoux les plus énormes ou qu'il en parle. Le contraste était d'autant plus flagrant que le pauvre PR était venu parler du film de PEF (un autre ami du PAF), si romantique que c'en devenait indécent. Après avoir rêvé au mariage du cosmonaute romantique et gaffeur PEF avec la piquante Julie Depardieu, le télespectateur se retrouvait face à celui qui racontait sans complexe sa première expérience intime, à 10 ans dans les toilettes sous l'oeil étonné mais néanmoins bienveillant de son italienne de mère. Et de raconter le peu d'intérêt qu'il portait à l'école, si ce n'est sa rencontre avec les filles, et ses premiers ébats qui lui permirent la révélation: sa bite pouvait le mener très loin. C'est tout naturellement qu'il s'engage dans la marine à 16 ans, pour se faire ensuite introduire à force de persévérance, à 19 ans, dans un club échangiste parisien assez branché. Il y rencontre une star du porno, Gabriel Pontello, à qui il montre ce qu'il a dans le bas-ventre. Sa carrière est lancée, l'homme au Membre d'or en fera fantasmer plus d'un(e). A 40 ans, voilà qu'il se retrouve chez Ardisson pour nous livrer son parcours et nous faire larmoyer sur ses ennuis de prostate, précisant qu'il doit se lever plusieurs fois par nuit. Même les porno-stars ont leurs problèmes.

jeudi, mars 16, 2006

Rédaction

Ma famille a 4 gens dans lui. ma mère et mon père et aussi mon plus jeune frère. ma mère a 47 ans et mon papa a 48 ans. mon petit frère a 18 ans. nous aimons aller sur les voyages ensemble et sports de pièce. mon papa aime que le golf et ma mère aime le tennis.

mardi, mars 07, 2006

Si vous vous ennuyez...

le test du baiser :)

Mon score est de 29%... Ce qui veut dire que oui, j'ai embrassé plusieurs personnes lors d'une même soirée, mais jamais en même temps. J'ai aussi embrassé une personne du même sexe que moi. Mais jamais dans une église, ni sous la pluie.
Ben tout dépend de ce qu'on met derrière le terme "embrasser", me direz-vous. Effectivement.

Parce qu'y paraît que c'est cool dans un blog...

A Jaguar

A shapeshifter that understands the patterns of chaos.
You are powerful and move without fear in dark places.

vendredi, mars 03, 2006

losing my religion

Un phénomène m'intrigue ici. Les assistants de français américains sont très religieux (à l'exception de mon pote Trevor, et de mon amie Hazel ;p).Comment peut-on aimer la littérature française, étudier L'amant de Duras, et être baptiste?
Justement, certains étudiants étalent leurs arguments religieux en classe, quittent la salle pendant les scènes de nus du film de Jean-Jacques Annaud, et comble de tout, présupposent que leur réaction est normale, reflètant l'avis de la majorité. Le mari de certaines de mes collègues ne supporte pas d'aller vois un film de Woody Allen, parce qu'ils parlent d'infidélité.
Je quitte parfois mon bureau, ne pouvant plus supporter le discours de mes collègues démontrant que selon la Bible la femme doit être soumise à l'homme, que le sexe est un péché sauf quand il s'agit de procréer, et que les homosexuels sont des déviants sexuels... Aucun dialogue n'est possible avec ces gens-là, et je ne sais jamais quelle attitude adopter. Faut-il être tolérant avec les intolérants? Dois-je les mépriser, les ignorer, ou leur parler de temps à autres parce que malgré tout ce sont mes collègues? Ca me révolte, mais je ne peux concrètement rien faire qui briserait la fausse harmonie rose du département. Je me retrouve oppressée par les puritains.
Il est vrai que dans le Kentucky, aller voir Brokeback Mountain est un acte engagé. L'homophobie est parfois ostensible. Les jeunes ne se gênent pas pour dénigrer quelqu'un en classe sous prétexte qu'il a une sexualité différente de la leur.

Ce post semble alarmiste, mais il existe aussi des Américains tolérants et ouverts, qui se battent pour le respect des libertés, et j'en connais. Mais quelle attitude adopter quand on est en minorité face à des gens qui ont des certitudes aussi dangereuses?

jeudi, février 23, 2006

Catharsis

"Je vais les tuer, bordel..."
Je me fais peur, parfois. Mais ils sont tellement crétins, ces mecs (enfin, il y a aussi quelques nanas qui pigent rien, mais elles sont moins méchantes), surtout celui qui a pris la manie de répéter bêtement ce que je dis, et sur le même ton en plus. J'ai des envie de meurtres, et je voudrais en foutre la moitié à la porte.
Et c'est l'injustice de la répartition qui rend ça pénible. Je m'explique: j'ai une classe d'anges, et puis les autres.
Et toutes les 5 minutes: "I'm confused", alors que ça fait trois fois que j'explique la même chose, en anglais. Ce sont de grands bébés. Manque total d'autonomie. Résistance à l'apprentissage. Et je dois gérer ces conneries pour 5 dollars de l'heure. C'est vraiment une perte de temps.
J'ai l'impression d'être un robot: "vous aimez les saucisses? qu'est-ce que c'est les saucisses?" - silence dans la salle de classe - "sausage" "what?" "sausage" "ah yes"; "vous aimez la truite? Qu'est-ce que c'est la truite?" - silence dans la salle - "c'est du poisson" -brouhaha: "fish, fish" - "trout" "what?" "trout" "ah, yes"... Un vieux sketch des inconnus me donnaient envie de leur dire: "Vous aimez la tête de veau? si oui, vous pouvez donc vous supporter le matin quand vous voyez votre gueule dans la glace..."

Ce sont des boulets à traîner. Je suis obligée de tout leur dire, d'imposer mes règles, sinon, ils ne savent pas comment faire. Et j'aurai de mauvaises évaluations, mais mes étudiants arriveront au niveau suivant avec un bon niveau, et ils s'ennuieront. La boucle est bouclée. CQFD.

Presque morte de devoir supporter ces cons.

vendredi, février 17, 2006


Juste un petit post pour dire que vraiment, la Saint Valentin, ici, c'est quelque chose...
J'ai proposé à mes étudiants d'écrire des cartes en français, en échange de quelques points de bonus. Quelle ne fut pas ma surprise quand je reçus 4 cartes, fabriquées entièrement de la main de mes étudiants, avec des tentatives en français de déclarations à leurs chéris. En fait, une classe a compris "déclaration à mon mec/ ma nana", et l'autre: "carte pour ma prof".
J'ai donc eu deux cartes contenant des messages tels que: " Quand j'étais petite, j'attendais pour toi. Maintenant, j'ai toi. C'est destin." , et deux cartes avec des messages pour moi, du genre: "Chère Barbie, Bonne Saint Valentin! J'adore ce jour, parce que je peux manger beaucoup des chocolats!"
L'une de mes étudiantes, assez timide, m'a donné sa carte en douce à la fin du cours: une enveloppe cachetée à mon nom, qui contenait une carte avec un collage qui disait: "elle a aimé les hommes commes les chocolats, riches et basanés", et au dos de laquelle était attaché un joli chocolat belge...

mercredi, janvier 18, 2006

Communicative approach

La méthode pédagogique que je dois employer quand j'enseigne est très différente de ce que nous connaissons en France. Il s'agit de pousser les étudiants à communiquer le plus possible. Il y a donc beaucoup d'exercices oraux, durant lesquels les étudiants doivent parler d'eux-mêmes, ou des autres. La majorité des exercices reflète donc une forme de réalité, et décrit le quotidien des étudiants. Les cours sont donc plus vivants, plus concrets; la grammaire est appliquée, rarement abstraite. Au début du semestre, il y a toujours un flottement, car même les Américains ne sont généralement pas habitués à cette méthode (qui a 10 ans d'existence). On se concentre sur le fait de pouvoir parler de sa vie, de ce qu'on aime, de ce qu'on mange ou boit...
Ce qui est sympa, c'est quand les étudiants essaient vraiment de communiquer aussi à l'écrit, dans leurs copies. Ils font des allusions à ce qui se passe en classe, font même parfois des "private jokes" en français, et c'est très agréable! Ce n'est pas un simple exercice, ça devient un vrai moyen d'expression. Il est vrai qu'en plus les étudiants américains que je connais ici ne mentent jamais dans leurs copies: je découvre leur vie au fil des examens: ce qu'ils ont fait pendant les dernières vacances, ce que leur famille aime faire, s'ils ont un "boyfriend" ou une "girlfriend"...

lundi, janvier 16, 2006

Voici une retranscription du mail que je viens de recevoir (j'ai changé les noms, parce que bon, on sait jamais, hein :p):

Bonjour!
My name is Laurie (;p) and I am a French 102 student. I transferred into your class this afternoon and will begin attending next Tuesday. I was in French 101 with Jennifer Lopez (hehe) and she said such wonderful things about you and your teaching that I wanted to become a student in your class. I was hoping you could tell me any homework that may have already been assigned or that is due Tuesday because I don't want to fall behind. If you could email me the course syllabus I would greatly appreciate that as well. I look forward to meeting you in person and attending your class!

Thanks,
Laurie

Ca vous en bouche un coin, hein??
Enfin, comme dirait Kwikwi, c'est pas en France qu'on oserait écrire un truc aussi lèche-cul (à un prof qu'on n'a pas encore eu)...

samedi, décembre 31, 2005

Happy Valentine's day!


Cela fait déjà plusieurs semaines que je regarde les cartes de voeux, sans parvenir à me décider. Trop kitsch, trop chère, pas assez américaine... Puis, il y a quelques jours, le désir d'écrire me prend comme une envie de pisser. Je vais à "kroger", et là, horreur: toutes les cartes pour Noel et la nouvelle année ont été remplacées par les cartes de Saint Valentin...

jeudi, décembre 15, 2005

Je viens de rentrer du "final" comme on dit... Oui, les examens finaux de langues vivantes peuvent avoir lieu de 20h30 à 22h30, ça ne choque personne...
Il faut savoir qu'ici, les étudiants n'hésitent pas à mettre des commentaires dans leurs copies. Par exemple: "I don't think that I have ever seen this before" ou "don't know". Parfois, ils dessinent aussi des smileys au milieu de leurs rédactions, ou font de vrais dessins qui n'ont aucun rapport avec l'examen.

Certaines erreurs sont assez amusantes. Les étudiants n'ont jamais fait de grammaire avant l'université, donc ils n'ont aucune idée de ce qu'est un nom, un verbe, un adjectif... Ils ne comprennent pas le rapport existant entre les mots.
Ca n'étonnera donc personne de lire pour "Ann flies to New York": "ses mouches de retour à New York"; on pense également, dans un autre style, au fameux "lit de taille de roi" ("king size bed") ou au "lit plein" ("full bed"), qui se trouve près du "placard de plain-pied" ("walk-in closet"). Ce qui reste pour moi un mystère, c'est quand même la "raboteuse" (="dresser"). Je n'ai toujours pas compris d'où venait ce mot. Si vous avez des idées, n'hésitez pas...

mardi, décembre 13, 2005

Attrayant - fonctionnel - le cadeau parfait

Je viens de me procurer l'indispensable book hug for book lovers. Ce qui m'a surtout séduite, c'est la petite description du produit en français (ben oui, c'est un produit canadien) au dos du paquet:

Support de livre ouvert sans mains.
Vous permet de faire d'autres choses tandis que vous lisez.
Vous permet de lire tout en mangeant, faisant la cuisson, tricotant, faisant des leçons, dactylographiant à l'ordinateur ou parlant au téléphone.

La satisfaction est garantie.

Facile à employer - placer juste le livre ouvert dans le berceau et le poids du livre jugera le livre et les pages confortables.



samedi, décembre 10, 2005

C'est un samedi ordinaire: curry/ flûte traversière.

mardi, décembre 06, 2005

Les évals


Je sais, ce titre fait très "star ac'". Mais ici aussi les évals font polémique.
C'est un truc assez bizarre à mettre en place quand on est étranger. Le prof doit sortir de la classe pendant 10 minutes pour laisser les élèves libres de remplir la feuille d'évaluation. Il y a un tas d'affirmations, comme par exemple:"le prof vous explique bien les concepts" ou encore: "les livres qui servent de support au cours sont utiles pour progresser dans la matière". Les réponses doivent être: "strongly agree", "agree", "disagree"...
Ensuite, il y a un espace pour les commentaires personnels; s'il n'y a pas suffisamment de place, on peut joindre une feuille supplémentaire. Et c'est là qu'on peut se faire encenser ou assassiner :) Un étudiant doit se charger d'apporter le paquet d'évaluations cacheté au bureau administratif qui les récolte. Le "dean" (ou, dans mon cas, la responsable pédagogique)les récupère, les lit, puis convoque le prof en question pour en parler.
Certains étudiants paresseux profitent bien entendu de cette opportunité pour reporter leur déception ou leur colère sur l'enseignant.

Ah! Ce doit être tellement jouissif!

samedi, décembre 03, 2005

Happy holidays to you!


Je ne connais pas l'origine de cette polémique, mais apparemment, "merry christmas!" ayant une connotation trop religieuse, tous les slogans sont devenus "happy holidays!", que ce soit à la télé ou dans les magasins. Même dans les séries ou les films!! J'ai vu un épisode de "Monk" qui se passe à l'époque des fêtes de fin d'année, et lors de la fête organisée par la police pour fêter l'événement, de grandes banderoles "happy holidays!" étaient accrochées partout. Pareil dans le film "Friday after next"; tous les slogans étaient "neutres".

Pizza party


Suite au projet de fin de semestre, je me retrouve avec 40 boîtes de pizzas dans mon bureau. Et bien qu'il soit explicitement indiqué en anglais aux étudiants qu'ils doivent se servir de boîtes NEUVES, la majorité ne l'est pas.
Vous pouvez imaginer l'odeur...

Je vous explique le concept:



"vous allez réaliser 6 part de pizzas en papier ou en carton, ou encore en pâte à sel (et effectivement, une de mes étudiantes y a passé une journée), vous pouvez faire des collages, mettre des photos (l'étudiant qui pose avec un fût de bière sous le bras, ou encore l'étudiante qui pose en tenue de soirée le jour de sa "prom night")! les parts de pizza doivent parler de vous, présenter vos activités favorites ou votre saison préférée! Vous allez devoir présenter votre pizza devant la classe sans note, donc n'écrivez rien sur votre pizza! Ca va être super fun! Ouais!"

Je dois encore évaluer leur "art work" ce week-end... C'est-à-dire: ouvrir toutes les pizzas, et regarder les photos, les dessins...
Oui, je sais, je fais des envieux.

Ah, mais j'ai trouvé encore mieux (peut-être mon projet du semestre prochain?):